Théâtre : une commission passe cinq heures à débattre de l'extravagance sans réussir à employer un seul nom concret
Saisis par l'émergence de spectacles lyriques et grotesques sur les scènes parisiennes, les membres d'un comité théâtral spécialisé ont tenu leur séance annuelle sans aborder le moindre fait précis.
C’était la réunion la plus attendue de la rentrée théâtrale. Face au succès des formes lyriques exagérées et des interprétations extravagantes sur les planches de la capitale, les experts du Conseil supérieur de la préciosité devaient poser des mots clairs sur le phénomène. Après cinq heures de travaux intensifs dans un salon feutré, le compte rendu officiel est tombé : personne n’a réussi à formuler une seule phrase contenant un sujet, un verbe et un complément d’objet direct identifiable.
Un consensus très fort autour de concepts indistincts
Dès l’ouverture de la séance, les participants se sont accordés sur la nécessité d’interroger la béance de la posture scénique. Pendant près d’une heure et demie, la discussion s’est ainsi articulée autour de haussements de sourcils approbateurs et de formules vaporeuses telles que c’est tout à fait ça, mais en plus grand ou encore il y a là un frisson de la démesure qui interpelle.
L’impossibilité matérielle de nommer les choses
L’un des rares moments de tension de l’après-midi est survenu lorsqu’un intervenant, Jean-Eudes de la Parnasse, a failli désigner un accessoire de scène par son nom commun. L’assemblée a immédiatement suspendu la séance pendant dix minutes afin de permettre à l’orateur de retrouver ses esprits et d’exprimer son idée par un simple soupir prolongé accompagné d’un geste vaporeux vers le plafond.
Le secrétariat de la commission a ensuite tenté de consigner les échanges dans un rapport officiel. Les membres ont unanimement rejeté toute tentative d’intégrer une définition claire du baroque ou du ridicule maîtrisé, estimant qu’une précision lexicale risquerait d’altérer la vibration pure de l’exagération.
Une synthèse finale composée de synonymes
En fin de journée, le communiqué récapitulatif tenait en trois pages d’adjectifs qualificatifs. On y apprend notamment que l’outrance au théâtre est quelque chose de très particulier, qu’elle s’inscrit dans une dynamique d’envolée soutenue et qu’il convient de maintenir cette appréciation jusqu’à nouvel ordre. La commission a prévu de se réunir à nouveau le mois prochain pour déterminer si le terme flamboyance doit s’accompagner d’un hochement de tête vers la gauche ou vers la droite.
Actualité ayant inspiré cette fiction : Le Monde - Culture. Le contenu ci-dessus est entièrement parodique.
