Pourquoi le dimanche devrait être transféré au mardi
Coincé entre un samedi gourmand et un lundi qui récupère le blâme, le dimanche est mal placé. Notre rédacteur en chef a une solution : le déménager, sans préavis, vers le plus inoccupé des jours de la semaine.
Je le dis sans détour, parce que personne ne m’a demandé de le dire autrement : le dimanche est mal placé. Il arrive après le samedi, qui a déjà tout pris, et avant le lundi, qui récupère le blâme. Aucun autre jour de la semaine n’est aussi manifestement coincé entre deux obligations.
Le problème du dimanche
Que fait-on le dimanche ? On déjeune longuement, on regarde par la fenêtre, on se promet de ranger quelque chose et l’on commence, vers dix-sept heures, à ressentir le lundi. Autrement dit, le dimanche consiste essentiellement à avoir peur du jour suivant. C’est un jour d’attente, et l’on n’attend jamais bien en pantoufles.
J’ai interrogé mon entourage, c’est-à-dire ma propre opinion, qui reste d’une remarquable constance : sur dix dimanches, huit se terminent par une vaisselle, et les deux autres par une vaisselle plus longue.
Le mardi, ce grand inoccupé
Le mardi, lui, ne sert à rien. Personne n’a jamais dit « vivement mardi ». Personne n’a jamais organisé un déjeuner de famille un mardi, ni commencé un mardi avec enthousiasme. C’est le jour le plus disponible de notre calendrier, un jour qui n’attend qu’une raison d’exister. Je propose de la lui donner.
Imaginez un mardi tranquille, où les magasins fermeraient, où les cloches sonneraient à l’heure qui leur plaît, où l’on s’ennuierait avec méthode. Le dimanche, délesté de son rôle, deviendrait un jour ordinaire, ce qui est exactement ce qu’il réclame depuis des années sans oser le dire. On le verrait enfin travailler un peu, et l’on découvrirait qu’il en est capable.
Objections et réponses
On m’objecte que cela décalerait toute la semaine. C’est précisément l’intérêt : tout le monde serait un peu décalé, et plus personne ne pourrait se plaindre d’être en retard. On m’objecte aussi que le mardi existe déjà. Je réponds qu’il existe, certes, mais sans conviction.
Je ne prétends pas que ma proposition soit simple. Je prétends seulement qu’elle est évidente, ce qui, chez moi, revient au même. Je lirai vos réactions avec la plus grande attention, de préférence par écrit, et de préférence un mardi.
— Jean-Eudes de la Manchette, rédacteur en chef
