Sommets internationaux : la photo de famille devrait précéder la réunion
À la fin de chaque sommet, la même rangée de sourires alignés sur trois étages. Notre rédacteur en chef n'a rien contre la photographie, mais tout contre sa place dans l'emploi du temps, et il le dit avec fermeté.
Chaque fois qu’un sommet international s’achève, le monde découvre la même chose : une rangée de dirigeants souriants, alignés sur trois étages, qui se tiennent comme des gens ayant réussi à se mettre d’accord sur la photographie. Je n’ai rien contre la photographie. J’ai tout contre son emplacement dans l’emploi du temps.
Une logique qui échappe à tous
Jusqu’ici, on photographie à la fin, quand les mines sont fatiguées, les cravates desserrées et les positions figées. Je propose d’inverser l’ordre. Prenez la photo d’abord, quand tout le monde est frais, poli et encore persuadé que la réunion va bien se passer. Cette image-là mériterait d’être conservée : c’est celle de l’optimisme.
Le protocole, ce sport de précision
Il faut dire un mot du placement. Qui se tient au centre ? Qui reste sur le côté ? Qui est derrière quelqu’un de plus grand ? On ne règle pas ces questions en quelques minutes, ce qui explique les longues négociations préalables. Si la photo se faisait d’abord, ces négociations pourraient durer jusqu’au soir sans que personne ne s’en aperçoive, la réunion étant devenue accessoire.
J’irais plus loin. Une fois la photographie réalisée, on pourrait supprimer le sommet lui-même, puisque son résultat visible serait déjà acquis. Les communiqués finals, rédigés à l’avance, seraient lus à haute voix par un huissier, dans un silence respectueux. Les délégations, libérées, rentreraient chez elles plus tôt, ce qui réduirait sensiblement l’empreinte carbone des fauteuils.
Ce que j’en pense, au fond
Je sais qu’on me dira que les sommets servent à autre chose qu’à produire une image. Je réponds que je n’ai jamais lu un seul communiqué final, et que je me porte très bien. La photo de famille est le seul document que tout le monde comprend, y compris ceux qui n’étaient pas invités. À partir de là, il me semble logique de commencer par elle, et de lui accorder toute la solennité qui lui revient.
Je soumets cette idée à qui de droit. Qui de droit se reconnaîtra, ou non, ce qui ne changerait rien à l’affaire.
— Jean-Eudes de la Manchette, rédacteur en chef
